Les sculptures de Ghiorgo Zafiropulo, comme il l’a dit, tentent de représenter la dynamique du mouvement, et ainsi, en plus des trois dimensions dans l’espace du sujet, la quatrième dimension qui est celle du temps et qui le fascine. Il les nomme donc, le plus souvent, du nom académique du mouvement « saisi » et non par celui des artistes prestigieux qui les exécutent. Ceux-ci sont bien identifiables toutefois pour le connaisseur averti, tant dans leur anatomie que dans l’expressivité de leurs attitudes. Elles révèlent d’emblée une excellente maîtrise technique qui lui permet d’exprimer par ses exceptionnelles qualités de modelage, tant cette notion du temps que la finesse d’une anatomie, la tension de la musculature ou des notions plus subtiles comme celles de la spiritualité, en faisant varier son type de finition selon le type d’œuvre, l’argument, ou selon la partie du corps représentée dans une seule et même pièce.

 

Ghiorgo Zafiropulo semble avoir été particulièrement sensible aux qualités de la «School of American Ballet» et du «New York City Ballet» animés par le très talentueux danseur, chorégraphe et pédagogue George Balanchine.

 

Ses premières sculptures de danseurs commencent en 1963 par des représentations masculines de danseurs et chorégraphes de ce corps de ballet: tout d’abord George Balanchine, en hommage à son école, dans «Attitude Classique» et à sa suite André Prokovsky de la même School of American Ballet dans «Sur le Cou de Pied».

 

Dans la foulée, en 1965 et 1966, ce seront deux sculptures de deux ballerines, Kay Mazzo et Mimi Paul, appartenant à la même école qu’il réalisera, «Die Lanserin» et «La Lilabella».

 

Par la suite, les années 1966 et 1967 seront particulièrement productives; ce sont surtout les danseurs russes du Kirov Ballet ou du Bolchoï, qui deviendront ses muses. Il réalisera des sculptures montées sur plexiglas de sauts, bondissements aussi spectaculaires qu’élégants des danseurs Yuri Soloviev, Nora Kovach et Rudolf Noureev, défiant les lois de la gravité, ainsi qu’un pas de deux inspiré par Ekaterina Maximova et Vladimir Vasiliev, étoiles du Bolchoï. Une sculpture de facture plus brute, proche de la facture de Degas, «Manège», dont le modèle est Yuri Vladimorov et une autre «Pas de Bourrée», inspirée une nouvelle fois par la talentueuse Nora Kovach.

 

En 1967, 1968 et 1969 il sculpte trois pas de deux d’artistes de différentes provenances et corps de ballets : «After Eden» représentant Adam et Eve chassés du Paradis incarnés par Lone Isaksen et Lawrence Rhodes du Harkness Ballet. Cette œuvre introduit en même temps qu’une représentation spatiale du mouvement une première expression lyrique de la spiritualité de Ghiorgo; elle est suivie en 1968 par un deuxième pas de deux: «L’Homme et son Ame», inspiré par une œuvre de Bach. En 1969, au sommet de son art, il revient dans un dernier pas de deux: «Paradis Perdu» interprété par Margot Fonteyn et Rudolf Noureev à une représentation plus plastique du même sujet d’Adam et Eve. Ces trois œuvres constituent un lien avec son œuvre religieuse. Elles font également écho à sa formation classique auprès des grands maîtres de la sculpture dont l’iconographie était essentiellement issue du répertoire biblique ou de la mythologie.

 

En 1992, après une longue période de réflexion il reprendra la sculpture et s’essayera à un «pas de trois» d’un ballet imaginaire qu’il avait toujours rêvé de réaliser.

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Les Danseurs

Le 1er octobre 2013, j’ai reçu un email d’une personne qui m’était inconnue, s’appelant Marina Lafon. Elle m’écrivait qu’un grand sculpteur, Ghiorgo Zafiropulo, avait créé une statue de ma femme, Lone Isaksen et de moi-même, tirée d’une représentation d' « After Eden » de John Butler. J’étais ravi à l’idée qu’il existait un autre magnifique souvenir de ma femme, de ce ballet-là, et de cette époque de nos vies. J’ai été encore plus heureux quand Marina me fit partager une photographie de cette merveilleuse statue.

La période que nous avons passée avec John Butler et durant laquelle ma femme et moi avons créé «After Eden» est l'un des moments phare de ma carrière professionnelle de danseur. Ce fut une intense période d’échange personnels et d’interaction avec ce remarquable chorégraphe qui a certainement accru notre intimité avec ma future femme. La première à Cannes en 1966 fut un immense succès et nous avons continué à danser ce fantastique pas de deux à travers toute l’Europe et les Etats-Unis. Ce ballet était toujours reçu avec un grand enthousiasme et je dois dire que même aujourd’hui je rencontre des gens qui ont encore un souvenir très vivant de notre représentation, ce dont je suis très reconnaissant.

Voir le travail de Ghiorgo Zafiropulo m’a fait à nouveau apprécier la beauté d’« After Eden ». La statue représente une image inhabituelle de ce ballet que M. Zafiropulo a créée à partir d’une photographie célèbre. Il faut savoir que John Butler était un chorégraphe réputé pour ses pas de deux qui comprenaient de nombreuses poses «sculpturales»!

Ainsi cela a été formidable de découvrir l’œuvre de Ghiorgo Zafiropulo. Il a parfaitement capté les notions de pesanteur et de gravité dans la gestuelle de la danse, tout comme la beauté et l’esthétique des lignes corporelles générées par les danseurs. L’on peut ressentir le mouvement dans ses sculptures.Je suis heureux d’être pour une part dans cette exposition particulière de l’œuvre de Ghiorgo et espère que vous apprécierez toute cette grande œuvre inspirée par d’importants artistes du monde de la danse.

C'est mon plaisir que ma découverte devienne la vôtre.

 

Lawrence Rhodes

Directeur artistique de la division de Danse de l’Académie Juilliard

 

Témoignage de Lawrence Rhodes